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Dans le monde des énergies renouvelables, c'est une petite révolution. Les chercheurs qui se relayent depuis 1987 sur le site de Soultz-sous-Forêts sont parvenus à développer une nouvelle forme de géothermie. Une technologie, désormais parfaitement transposable, qui consiste à extraire, par une circulation d'eau, la chaleur contenue dans les roches profondes (entre 3 000 et 5 000 m).
Le projet, financé par l'Union européenne, l'ADEME, le ministère allemand de l'Environnement et des partenaires privés (dont Électricité de Strasbourg et Pfalzwerke), est à présent suffisamment au point pour permettre de « produire de l'énergie, de manière sécurisée, sans sismicité et avec un objectif de rentabilité », a expliqué hier Jean-Jacques Graff, co-gérant du GEIE Exploitation Minière de la Chaleur.
Il est d'ailleurs entré dans une phase industrielle. La centrale de production d'électricité, dont la construction a en fait démarré il y a cinq ans par la réalisation de forages, est sur le point de se terminer. La turbine, coeur du système, devrait être livrée dans un mois. Et si tout se passe comme prévu, les premiers kWh devraient être extraits à la mi-mars.
5 000 m de profondeur
« Nous allons puiser à 5 000 m de profondeur de l'eau à 200°, la faire remonter à la surface, prélever les calories grâce à un échangeur de chaleur, puis la réinjecter une fois refroidie dans le milieu où elle sera à nouveau réchauffée », résume M. Graff.
L'énergie ainsi obtenue sera injectée dans le réseau d'Électricité de Strasbourg. L'opérateur disposera donc à partir de l'année prochaine d'une ressource supplémentaire de 1,5 MW, ce qui représente l'alimentation électrique de 1 500 habitants. La capacité de la centrale devrait rapidement être multipliée par deux. Le GEIE table sur une production de 3 MW à partir de fin 2008-début 2009.
Ce projet, pour lequel 50 millions d'euros ont été dépensés depuis 2002 et « qui a vocation à être dupliqué », « préfigure un nouveau type d'installations », estime Jean-Jacques Graff.
La technologie qui a été développée pour tirer partie d'une richesse jusque là insoupçonnée du sous-sol alsacien peut en effet être transposée dans tout le bassin rhénan (en raison de sa structure géologique) ainsi que dans d'autres régions volcaniques.
La centrale de production d'électricité, en cours de construction derrière les puits (au premier plan) qui plongent à 5 000 de profondeur, devrait être opérationnelle en mars prochain. (Photo DNA-Laurent Réa)
Le GEIE commence à essaimer
Cela n'a pas à échappé à un consortium allemand qui s'est inspiré des travaux menés à Soultz-sous-Forêts pour construire à Landau une centrale électrique géothermale, connectée à un réseau de chaleur. Cette installation, moins complexe que sa grande soeur alsacienne puisqu'elle ne puise « qu'à » 3 000 m de profondeur, devrait entrer en production dans quelques jours.
Les avantages de cette technique, qui permet notamment de « garantir le prix de l'électricité produite pendant 20 ans », note le porte-parole d'Électricité de Strasbourg, intéresse également fortement l'entreprise Roquette de Beinheim, qui a déposé un permis de recherche, ainsi qu'ÉS, qui n'exclut pas de lancer la construction d'une autre centrale de ce type.
« Nous sommes également très sollicités par des collectivités haut-rhinoises », indique M. Graff. Et ce n'est qu'un début. Pour lui, c'est clair : le projet de Soultz « est une chance pour l'Alsace ».