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L'agriculture bio freinée dans son développement (article des DNA)

 

Lu dans les DNA de ce matin :

L'organisation professionnelle de l'agriculture biologique en Alsace aura du mal à atteindre son objectif : doubler d'ici 2013 les surfaces cultivées en bio dans la région. Les aides promises par l'État pour accompagner la conversion des agriculteurs s'annoncent largement insuffisantes.

D'un côté, il y a les discours, du genre : « Le ministre de l'Écologie, du développement et de l'aménagement durables et le ministre de l'Agriculture et de la pêche entendent joindre leurs efforts pour favoriser le développement de l'agriculture biologique. » De l'autre, il y a la dure réalité des chiffres.
 Car l'organisation professionnelle de l'agriculture biologique en Alsace (OPABA) a eu beau refaire les calculs dans tous les sens, elle a dû se rendre à l'évidence. Le compte n'y est pas. L'enveloppe que l'État met sur la table pour inciter les agriculteurs à passer de l'agriculture conventionnelle à l'agriculture biologique est très loin de correspondre aux besoins.

Aide indispensable

 « Notre objectif est de doubler les surfaces bio alsaciennes pour qu'en 2013 elles atteignent 7 % de la surface agricole utilisée de la région », explique Dany Schmidt, agriculteur à Volgelsheim et président de l'OPABA. Un projet ambitieux, qui doit permettre aux paysans alsaciens de tirer parti de la demande croissante des consommateurs pour les produits bio.
 Il suppose de multiplier par deux le nombre d'agriculteurs (au nombre de 266 dans la région fin 2006) qui ont choisi ce mode de production éminemment respectueux de l'environnement puisqu'il proscrit tous les produits de traitement de synthèse. Et donc de mobiliser des crédits pour financer les reconversions.
 Le dispositif existe. Il consiste à subventionner l'exploitant qui s'engage dans un plan quinquennal de transition. « Cette aide à la conversion est absolument indispensable, car pendant les premières années, l'agriculteur doit souvent faire face à des investissements supplémentaires, à des baisses de rendements et il n'a pas la possibilité de valoriser sa production dans les filières bio », explique Joseph Weissbart, le directeur de l'OPABA.
 « Pour atteindre notre objectif, 6 millions d'euros sont nécessaires pour la période 2007-2013, précise Dany Schmidt. Or la maquette financière prévisionnelle du plan de développement rural ne prévoit que 1,38 million » (financés à 55 % par l'État et à 45 % par le FEADER, le fonds européen de développement rural). Pour 2007, a calculé de son côté la Région Alsace, 83 000 € sont disponibles pour l'agriculture biologique alsacienne, alors qu'il en faudrait 300 000.

Réunion le 5 septembre

 Dans ces conditions, déplore M. Weissbart, « nous sommes obligés de limiter les conversions ». Une bonne partie des agriculteurs qui souhaitent franchir le pas -ce serait le cas à l'heure actuelle d'une quarantaine d'exploitations- ne pourra pas le faire.
 Certains, comme des viticulteurs, des producteurs d'herbes médicinales ou des apiculteurs, qui ne touchent de toute façon pas d'aide, tenteront sans doute le coup malgré tout, estime le directeur de l'OPABA. Mais pour la filière bio, l'enjeu aujourd'hui consiste à convertir des structures céréalières, des exploitations spécialisées dans l'élevage ou des producteurs de fruits et de légumes. Ne serait-ce que pour alimenter en produits locaux la plateforme de conditionnement et de transformation de produits bio, subventionnée par la Région Alsace, qui est en train de voir le jour à Illkirch.


226 exploitations alsaciennes ont fait, comme celle-ci, le choix de l'agriculture biologique et plusieurs dizaines d'autres souhaitent se convertir. (Photo archives DNA) 
 Pas question dans ces conditions pour l'OPABA de se résigner. Dany Schmidt souhaite, comme la Région Alsace, « que l'État s'engage ». En clair : qu'il délègue une enveloppe plus importante. Parallèlement, un coup de pouce de l'Agence de l'eau -qui étudie actuellement cette possibilité- et des collectivités locales ne serait pas de refus.
 « Aujourd'hui, il y a une demande environnementale forte. L'agriculture biologique apporte un certain nombre de réponses. Il faut donc que tout le monde joue la même partition », souligne le représentant des agriculteurs bio alsaciens. Pour l'heure, M. Schmidt attend la réunion qui rassemblera le 5 septembre prochain tous les acteurs du dossier, avec l'espoir de faire du développement de la bio « un vrai projet régional ».

Odile Weiss
Édition du Sam 18 août 2007
 
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