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Les asperges d'Alsace ne savent plus où donner de la tête, leurs producteurs non plus. Poussées par un printemps anormalement tempéré, elles sont apparues avec plus de deux semaines d'avance, de Hoerdt à Village-Neuf. Du coup, elles se retrouvent sur le marché aujourd'hui concurrencées par celles du Sud-Ouest et du Midi de la France où la production a été retardée en raison du mauvais temps. « Leur récolte va durer tout le mois de mai alors qu'elle s'achève normalement début mai. C'est très mauvais pour nous », explique Jean-Jacques Nonnenmacher, président de l'Association pour la promotion de l'asperge d'Alsace.
Hier après-midi, dans l'exploitation de Clarisse Sibler à Sigolsheim. (Photo DNA - Christian Motsch)
Et la météo continue de brouiller les cartes de producteurs déjà inquiets. Les températures estivales ont en effet engendré une pousse soudaine et très rapide des turions. « Les grosses pousses qu'on constate aujourd'hui arrivent normalement à la mi-mai », relève Jean-Jacques Nonnenmacher. Cette surproduction touche aussi bien l'Alsace que l'ensemble de la France et une partie de l'Allemagne. « Il y a plus de 900 tonnes de stock au niveau national », commente David Franck, directeur des coopératives de Hoerdt et de Lampertheim.
De quoi exacerber encore la concurrence sur un marché saturé en raison d'une demande qui ne suit pas. « Quand il fait chaud, les consommateurs préfèrent faire des barbecues accompagnés de salades de tomates ou de concombre plutôt que de cuisiner un plat d'asperges », remarque Pierre Lammert, président de l'interprofession des fruits et légumes d'Alsace. « Ce changement climatique augure une réelle crise », estime-t-il. « Si les prix descendent trop bas, il faudra arrêter la production », annonce M. Nonnenmacher (lire ci-dessous).
Pour faire face à cette mauvaise passe, l'interprofession a commencé par alerter les distributeurs pour écouler les stocks et la campagne de communication a été anticipée. Des publicités ont déjà paru dans la presse locale et quelque 260 spots radio s'apprêtent à être diffusés : « Il faut sensibiliser le consommateur d'autant que les asperges sont très bonnes cette année », note M. Nonnenmacher. « Plus elles poussent vite, plus elles sont tendres », précisent M. Lammert.
Un appel au patriotisme régional des consommateurs
Sur le terrain, les producteurs cherchent à ralentir la pousse en recouvrant les buttes de bâches blanches qui reflètent les rayons du soleil. Et dans certaines exploitations, on a stoppé la récolte des jeunes asperges plantées il y a deux-trois ans. Mais si la sécheresse persiste, la production risque de s'interrompre avant la fin du mois de mai, le stock en humidité dont bénéficie les asperges à 40 cm sous terre diminuant.
Une réunion de crise s'est tenue hier entre les partenaires de la filière. Les producteurs ont notamment demandé aux distributeurs de promouvoir l'asperge d'Alsace et de privilégier la production locale. « Si toutes les centrales d'achat jouent le jeu pendant une semaine, on liquide les stocks en chambre froide », avance M. Lammert. Et d'en appeler au patriotisme régional des consommateurs : « Il faut manger des asperges au moins trois fois ce week-end du 1er mai, à toutes les sauces ! », lance David Franck.