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Récemment dans les DNA un article a retenu mon attention. Il s'agit de nouvelles cultures qui vont remplacer ( partiellement ) celle du maïs qui est cible de la chrysomèle et appauvrissent les sols.
Ces plantes ont des intérêts écologiques , économiques. Mais je vous laisse découvrir.
Les nouvelles normes environnementales, l'essor des énergies renouvelables, l'apparition de la chrysomèle et l'augmentation du prix des intrants ouvrent la voie à de nouvelles cultures. En Alsace poussent désormais sorgho, miscanthus, chanvre et autres igniscum.
Inutile de se leurrer : le maïs n'est pas près de perdre son hégémonie en Alsace. Cette plante remarquablement adaptée au climat local est clairement la culture dominante dans la région et le sera sans doute encore un bon bout de temps. Aussi longtemps en tout cas qu'aucune autre production végétale ne concurrencera la marge brute que cette céréale procure à l'hectare.
Le sorgho, cultivé cette année sur 140 hectares, a offert une alternative aux cultivateurs de maïs touchés par la chrysomèle. (Photo archives DNA)
« Elles sont arrivées en général au détour d'une crise »
Cela étant, il n'est plus rare aujourd'hui de se retrouver, au détour d'un chemin, face à un champ de sorgho. Il est également devenu possible d'apercevoir des pieds de miscanthus et de découvrir des parcelles de chanvre, de lin oléagineux, de moutarde (lire ci-dessous), d'igniscum ou de panic érigé. A l'évidence, l'Alsace qui a toujours fait de la diversification un modèle économique en encourageant les cultures spéciales à forte valeur ajoutée (tabac, houblon, chou à choucroute, betterave sucrière, etc.), poursuit sur sa lancée.
« Ces plantes ont été introduites (ou, dans le cas du chanvre et de la moutarde, réintroduites) pour des raisons complètement différentes. Elles sont arrivées en général au détour d'une crise », constate Jean-Paul Bastian, le président de la chambre régionale d'agriculture.
C'est le cas du sorgho. Cette céréale originaire d'Afrique, testée ici pour la première fois en 2006, a vite été adoptée par les cultivateurs de maïs interdits de production suite à la découverte d'un foyer de chrysomèle. Elle leur permet en effet de continuer à produire de l'alimentation pour leur bétail (en lieu et place du maïs ensilage) tout en se conformant à l'obligation de pratiquer la rotation des cultures. Résultat : le sorgho, moins gourmand en eau que le maïs, couvre aujourd'hui 140 hectares en Alsace.
Le miscanthus (ou roseau de Chine ou herbe à éléphant) répond, lui, à d'autres problématiques. Cette plante pérenne à fort rendement énergétique (comme l'igniscum ou le panic érigé) dont on récolte les tiges desséchées à la fin de l'hiver pour alimenter des systèmes de chauffage, n'a besoin d'aucun engrais ni d'aucun produit de traitement, indique Sophie Delattre, conseillère diversification à la chambre d'agriculture du Haut-Rhin. Elle constitue donc une excellente solution dans les périmètres de captage d'eau potable et peut même également être intéressante dans les zones d'érosion pour limiter les coulées de boue. Autant dire que les techniciens agricoles suivent de très très près les expérimentations en cours sur une dizaine d'hectares au total.
Autre plante prometteuse : le chanvre, testé cette année par sept agriculteurs de la région de Brumath, sur une surface de 16 hectares. Cette culture dépourvue de propriétés hallucinogènes, qui n'a besoin ni d'engrais ni de produits de traitement, a été relancée « à la demande d'un industriel allemand (Bafa GmbH de Rastatt) qui utilise la fibre de la plante pour fabriquer un matériau isolant destiné à l'industrie automobile, explique Rémy Michael, conseiller à la chambre d'agriculture du Bas-Rhin. L'idée consiste à développer une filière de production proche du lieu de transformation .»
Économiquement nettement plus intéressantes
Ces cultures, considérées l'an dernier encore comme anecdotiques, intéressent aujourd'hui de plus en plus vivement les agriculteurs. Et pour cause. « En un an, le prix du maïs a chuté de moitié », constate Jean-Paul Bastian. Dans le même temps, « le prix des intrants a littéralement explosé ».
Du coup, les plantes qui n'en consomment pas deviennent soudain économiquement nettement plus intéressantes. C'est le cas également des cultures énergétiques, portées par l'essor des énergies renouvelables et l'augmentation du prix du pétrole.
Dans ces conditions, ces plantes aux noms exotiques semblent promises à un bel avenir. « Le contexte, reconnaît M. Bastian, devient nettement plus favorable ».
Odile Weiss
Édition du Sam 11 oct. 2008
Autre article édité à la même page et qui donne un exemple d'une entreprise connue dans la région.
Le retour de la moutarde
Les paysans alsaciens disposeront sans doute bientôt d'une nouvelle possibilité de diversification. Les services de la chambre d'agriculture du Bas-Rhin sont en train d'expérimenter la culture de la moutarde, à l'initiative de la société Alélor-Raifalsa.
Alélor sera bientôt en mesure de produire de la moutarde douce avec des graines cultivées en Alsace. (Photo DNA - Laurent Réa)
Après des lustres d'absence, la moutarde alimentaire a fait sa réapparition dans le paysage alsacien. Un champ de Pfaffenhoffen a servi cette année de terrain d'expérimentation aux techniciens de la chambre d'agriculture du Bas-Rhin. Ils y ont testé six variétés différentes, afin d'évaluer la faisabilité technique et la rentabilité économique de cette culture ainsi que la qualité des graines récoltées.
Explosion des cours
L'essai a été suivi avec la plus grande attention par la dernière moutarderie d'Alsace, la société Alélor-Raifalsa de Mietesheim. Et pour cause. C'est elle qui est à l'origine de cette initiative.
« Aujourd'hui, explique Marie-Claude Trautmann, directrice de l'entreprise, il n'y a plus de moutarde en France ». Tout au plus quelques centaines d'hectares du côté de Dijon, où un programme de mise en culture de la moutarde noire avait été engagé il y a une dizaine d'années. En fait, précise-t-elle, « toute la production de graines est assurée par le Canada et, dans une moindre mesure, la Hongrie ».
La société, qui transforme annuellement 250 tonnes de graines (essentiellement de moutarde jaune et un peu de moutarde noire) est donc totalement dépendante en matière d'approvisionnement. En plus, constate la dirigeante, « les cours ont progressé de 171 % en trois ans ». Ils dépassent aujourd'hui les 1 000 € la tonne. Et une nouvelle hausse est à attendre avec l'instauration de la taxe carbone.
Dans ces conditions, l'idée de relancer la culture de la moutarde dans la région (où existaient à la fin du XIXe siècle une centaine de moutarderies), caressée il y a quelques années par la profession agricole, a repris tout son intérêt. Même s'il a fallu pour cela repartir de zéro, à savoir rechercher parmi les 500 variétés existantes celles qui sont susceptibles de s'adapter le mieux au sol et au climat alsaciens et tester leur mode de culture.
Essais concluants
Les techniciens de l'Adar des Deux Pays, un service décentralisé de la chambre d'agriculture, ont semble-t-il trouvé la bonne recette. L'essai « est plutôt concluant », constate Marie-Claude Trautmann. Les rendements ont été supérieurs aux attentes et la qualité semble être au rendez-vous. L'entreprise de Mietesheim attend de produire ses premiers pots de moutarde douce d'Alsace à partir des graines cultivées dans la région (actuellement en cours de séchage) pour pouvoir vérifier ce dernier point. Elle devrait en principe être fixée dans les prochains jours.
Les résultats obtenus cette année « doivent à présent être validés sur différents types de sols », indique Mme Trautmann. Au printemps prochain, ce sont donc six à huit parcelles qui devraient être ensemencées. Comme les cours de la moutarde sont à peine inférieurs à ceux du maïs (qui sont, eux, en baisse), l'entreprise ne devrait pas avoir trop de mal à trouver des agriculteurs volontaires.
« Si cela fonctionne, on pourrait arriver d'ici cinq à six ans à quelque chose d'intéressant », estime la directrice, soucieuse « de sécuriser l'approvisionnement de l'entreprise » et de pouvoir produire, à terme, de la moutarde 100 % alsacienne.
Odile Weiss
Édition du Sam 11 oct. 2008