Voici un extrait de "Petite philosophie du marcheur " de Christophe Lamoure ( emprunté à la médiathèque) .
A tout ceux qui aiment marcher ....
Balade
La balade, c'est la marche qui institue le hasard en maître. Le flâneur se laisse porter et déambule sans intention précise, simplement pour passer le temps agréablement. Sans hâte, disponible, abandonné aux impressions qui l'affectent, le promeneur goûte le spectacle d'un moment. Il est l'exact contraire de l'homme pressé, affairé, qui passe sans rien voir, déjà tendu vers un prochain rendez-vous. Le flâneur n'a pas de rendez-vous, il n'est l'obligé de personne.
Rousseau, dans Les Confessions, en donne une image assez fidèle lorsqu'il note : « J'aime à m'occuper à faire des riens, à commencer cent choses et n'en achever aucune, à aller et venir comme la tête me chante [...] à muser enfin toute la journée sans ordre et sans suite E...]. » La liberté caractérise l'attitude du promeneur, liberté faite de ses goûts, de ses caprices, de son humeur.
Il « muse », comme dit Rousseau, c'est-à-dire il perd son temps.
Qu'un pareil verbe, « muser », ait disparu de notre vocabulaire en dit long sur le caractère sérieux et industrieux de notre époque. C'est presque un péché que de perdre son temps et, plus que jamais, on prend à la lettre l'avertissement populaire qui veut que l'oisiveté soit la mère de tous les vices. On n'a plus le temps de flâner parce que le temps, c'est de l'argent.
Milan Kundera observe et regrette : « Ah, où sont-ils, les flâneurs d'antan ? Où sont-ils, ces héros fainéants des chansons populaires, ces vagabonds qui traînent d'un moulin à l'autre et dorment à la belle étoile ? Ont-ils disparu avec les chemins champêtres, avec les prairies et les clairières, avec la nature ? Un proverbe tchèque définit leur douce oisiveté par une métaphore : ils contemplent les fenêtres du bon Dieu. Celui qui contemple les fenêtres du bon Dieu ne s'ennuie pas ; il est heureux. Dans notre monde, l'oisiveté s'est transformée en désœuvrement, ce qui est tout autre chose : le désœuvré est frustré, s'ennuie, est à la recherche constante du mouvement qui lui manque. » (La Lenteur.)
Muser ou capitaliser, il faut choisir. Je plaide pour la réouverture des fenêtres du bon Dieu.
Pour illustrer ce texte je ne pouvais choisir d'autre personne que notre copain Dominique . Ici au printemps 2005 en vacances dans le Doubs