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Hansi

 

lu dans les DNA ce matin :

L'oeuvre plurielle d'« un artisan d'images »

Il n'est pas qu'un artiste de carte postale. Chroniqueur du patrimoine colmarien, aquarelliste d'une montagne qu'il aimait arpenter, caricaturiste irrévérencieux et publicitaire, Hansi a laissé une oeuvre foisonnante. Michel Loetscher et Yannick Scheibling ressuscitent cet héritage ignoré dans "Hansi. Une vie pour l'Alsace", un livre qu'on attendait depuis longtemps.

L'oeuvre de Hansi est un iceberg. Visible et exclusive depuis toujours, son Alsace heureuse, tricolore et antigermanique noie une oeuvre foisonnante et fondatrice dont on découvre seulement aujourd'hui les riches contours. L'artiste a non seulement croqué le colonisateur prussien et pavoisé à outrance sa région et sa jeunesse ; il s'est aussi illustré comme aquarelliste, dessinateur, graveur, conservateur du musée d'Unterlinden, publicitaire, héraldiste et éclaireur de la ligne claire.

 

« Conteur de
paysages alsaciens »

 

 

 

 Ces nouvelles perspectives, l'Alsace semble pouvoir les envisager et les appréhender avec la gratuité et la sérénité nécessaires en ce début de XXIe siècle.
 « Il faut prendre les images de Hansi telles qu'elles sont, sans les intellectualiser, prévient le spécialiste Yannick Scheibling. Elles transcendent les nationalités et les clivages sociaux. » Il a suivi une démarche « très modeste » de « chroniqueur du patrimoine », complète Jacques Féger, petit-neveu de l'artiste. « Il a été dépassé par le succès de ses albums qu'il n'avait pas du tout prévu. Ce n'était pas un ambitieux. »
 Hansi. Une vie pour l'Alsace, le livre que co-signent à La Nuée Bleue Yannick Scheibling et Michel Loetscher, raconte le parcours « romanesque » d'un homme dont on connaît assez mal la vie sentimentale et privée et d'un artiste « autodidacte » et « laborieux  » qui se définissait lui-même comme « un imagier populaire  ». On y suit son ombre voûtée à travers deux siècles et deux guerres mondiales.

 

« Les pratiques touristiques
des immigrés allemands »

 

 

 

 « Conteur de paysages alsaciens » selon Michel Loetscher, Hansi se révèle au fil des pages nostalgique, fragile, frondeur, chanceux, curieux, prisonnier de ses certitudes, inspiré, coloré. L'ouvrage dit en filigrane comment l'artiste, « avec son âme d'enfant », a survécu à 70 ans d'une histoire dramatique.
 Jean-Jacques Waltz naît allemand à Colmar en 1873. Son père, André, quittera la boucherie paternelle de la rue des Clefs pour devenir bibliothécaire de la Ville de Colmar en 1881 puis conservateur du musée d'Unterlinden deux ans plus tard pour quatre décennies.
 C'est ce papa « responsable et érudit » qui transmettra à son fils sa passion d'autodidacte pour l'art, l'histoire et l'héraldique, et édifiera sa vision nostalgique d'une communauté alsacienne traditionnelle. « Hansi a du mal à intégrer la modernité. Le monde ouvrier et les usines n'existent pas chez lui alors qu'il y a travaillé », souligne Yannick Scheibling, co-gérant avec Jacques Féger du musée privé Hansi de Riquewihr.
 « Dandy déjanté qui n'avait rien à faire dans une ville de garnison » selon Jacques Féger, le jeune Waltz quitte Colmar pour intégrer en 1892 la Société d'enseignement professionnel du Rhône à Lyon. Il a 19 ans et découvre l'Art nouveau. Une pleurésie le contraint à rentrer en Alsace en 1896 où il obtient son premier emploi de dessinateur à l'usine textile Baudry à Cernay puis à l'usine Herzog à Logelbach.
 C'est au tournant du siècle que Hansi entre véritablement en scène. Quand celui qui « serait peut-être resté un paisible peintre régionaliste, un délicat aquarelliste épris de paysages apaisés » prend sa plume, ses pinceaux et ses crayons comme armes contre le Reich allemand, l'autoritarisme et l'arrogance de sa bureaucratie et « les pratiques touristiques des immigrés allemands ».
 Ses caricatures irrévérencieuses témoignent surtout d'un rejet de la rigueur et de l'organisation prussienne comme en attestent ces planches extraites des Vogesenbilder qui dénoncent l'encadrement et le contrôle de la nature sauvage. L'une d'elles montre une forêt balisée à outrance par des panneaux d'orientation...

 

Hansi découvre l'Art nouveau lors de son séjour à Lyon entre 1892 et 1896. Il a réalisé cette gouache en 1900, lors de son passage à l'usine textile Herzog, de Logelbach. (Collection du musée Hansi de Riquewihr)

A gauche Jacques Féger, petit-neveu de Hansi, et Yannick Scheibling : « Porter un éclairage nouveau sur l'artiste et ses oeuvres ». (Photo DNA - Christian Motsch)
 
Cette planche extraite des "Vogesenbilder" illustre combien l'artiste était rebelle à la rigueur prussienne qui conduisait à un encadrement de la nature sauvage. Une image qui a gardé toute sa modernité. (Collection du musée Hansi de Riquewihr)
 
Marcheur et peintre infatigable, Hansi posait souvent son chevalet dans la région d'Orbey. (Collection du musée Hansi de Riquewihr) 

«  Il devient dangereux   quand il s'attaque à l'armée »

 

 

 

 S'inscrivant dans la tradition bien française d'un Daumier ou de Christophe mais aussi « de caricaturistes allemands tout aussi virulents » dont ceux de la revue munichoise Simplicissimus, Hansi se moque de la colonisation culturelle de sa région natale. « Il devient dangereux dès que ses albums ont du succès et qu'il s'attaque à l'armée. »
 Son trait apparaît cependant moins acéré que celui de ses contemporains formés dans les académies allemandes. « Hansi, ce n'est pas ironique ; c'est du sentimental contrarié, de l'hyper-affectif inspiré du graphisme de Carl Spitzweg et du personnage de Struwwelpeter », remarque Jacques Féger. Hansi s'éteint le 10 juin 1951, vers 17 h, un crayon à la main. En artiste libre.

                                                                                                           Franck Buchy

Hansi. Une vie pour l'Alsace, de Michel Loetscher et Yannick Scheibling. Editions La Nuée Bleue. 124 pages en couleurs, 25 €.Les deux auteurs ainsi que Jacques Féger présenteront leur livre à la Maison de l'Alsace à Paris les 17 et 18 novembre dans le cadre du 1er Salon du livre de la Maison de l'Alsace. Ils seront également présents sur le stand de la Nuée Bleue au Salon du livre de Colmar les 25 et 26 novembre. Dédicace de l'ouvrage le 9 décembre à la librairie Hartmann à Colmar.
Édition du Ven 3 nov. 2006
 
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V
j'aime beaucoup les dessins d'Hansi, il y a quelques années j'avais acheté pas mal de cartes représentant ses dessins<br />  
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