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L'alsacien décomplexé
La sixième édition du festival de chansons et musique traditionnelle Summerlied à Ohlungen débute ce soir. Qu'ils chantent ou non en alsacien, les représentants de la « nouvelle génération » entretiennent avec le dialecte un rapport tendre et décontracté.
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| Vincent Eckert. (Doc. remis) |
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| Virginie Schaeffer. (Photo DNA) |
Il ne sont si pas nombreux, en Alsace, à chanter en alsacien. Depuis maintenant quelques dizaines d'années, la scène dialectale vit en grande partie grâce à l'activité prolifique des quelques pionniers qui, au début des années 1970, ont suivi le courant folk pour donner à la langue régionale une nouvelle jeunesse. Très logiquement, Roger Siffer, Géranium, René Eglès, Roland Engel ou Sylvie Reff se retrouvent fréquemment à l'affiche de Summerlied, donnant à certains l'impression que le festival de chanson et musique trad' de la forêt d'Ohlungen, qui débute ce soir, ne renouvelle pas la partie « alsacienne » de sa programmation. Le reproche est injuste : Summerlied, qui entend faire le lien entre les générations et accompagner la création dialectale contemporaine, a depuis cinq éditions ouvert ses scènes à de nombreux jeunes artistes régionaux.
A l'exception des
Bredelers, ils chantent
peu en alsacien
Virginie Schaeffer, Isaka (Isabelle Klein), Vincent Eckert, les Bredelers ou Kansas of Elsass, qui s'y produiront cette année, n'étaient pour certains pas nés lorsqu'a débuté la carrière de leurs inusables prédécesseurs. Ils partagent avec ces derniers un attachement profond à la culture alsacienne, même s'ils entretiennent avec le dialecte un rapport un peu plus élastique. A l'exception des Bredelers, ils ne chantent d'ailleurs pas ou peu en alsacien.
« Je n'ai pas fait le choix d'utiliser le dialecte, que de toute façon je ne parle pas bien, évacue Vincent Eckert. Mais la forme est une chose. Sur le fond en revanche, ma culture est très présente dans mes chansons. J'aime beaucoup les musiques traditionnelles, parce qu'il s'en dégage toujours une certaine mélancolie. Qu'elles soient celtes [son dernier album s'appelle D'Ouest, NDLR] ou alsaciennes. Petit, avec mon père, j'ai beaucoup écouté René Eglès ou Sylvie Reff... »
« La chanson dialectale, c'est une direction artistique, explique Isaka. Ce n'est pas la mienne. Mais ça ne m'empêche pas d'inclure à mes spectacles quelques titres en alsacien, parce que pour certains textes, ce que je voulais faire passer était lié à mes racines. Et c'est une langue juteuse, fluide, dont la musicalité séduit même ceux qui ne la comprennent pas. »
Virginie Schaeffer, qui, à côté de sa carrière solo en français, collabore avec Philippe Geiss (*) ou Roger Siffer, partage le constat : « L'idée, c'est de faire oublier qu'on chante en alsacien. Pourquoi ça ne serait pas naturel ? Pour moi, qui ai toujours répondu en français quand on me parlait en alsacien, c'est un plaisir de redécouvrir cette langue à travers la scène, de montrer que si elle est bien arrangée, bien chantée, elle n'a rien de ringard. »
« Exporter une culture
festive, accueillante,
pas du tout sclérosée »
« Nous, le dialecte, on l'a plus subi qu'appris, rigolent Alex et Marco, alias Anisbredle et Chocobredle des Bredelers, qui mettent les classiques populaires (Bombomstand, D'r Hans im Schnockeloch) à leur sauce "celti-pounki-rock". On connaissait plein d'insultes, mais depuis l'aventure des Bred', on s'est vraiment plongé dans nos racines alsaciennes. C'est une démarche intime, et, plus encore, une grosse envie d'exporter une culture festive, accueillante, pas du tout sclérosée. »
Kansas of Elsass utilise quant à lui l'accent et des expressions fleuries de « franco-alsacien-vannier » pour tourner en dérision le sérieux du rock. Pas pour se moquer de l'alsacien, auquel il porte « une grande tendresse » : « Même je suis très loin d'une démarche réfléchie de défense de la langue, note Christian Gyss, l'album de Kansas se vend très bien et les doublages en alsacien de films hollywoodiens que je fais sur internet sont énormément téléchargés. Finalement, à ma manière "poil à gratter", je participe à la diffusion d'une culture. Un peu malgré moi, mais avec grand plaisir. »
« Ce n'est pas parce qu'on ne chante pas forcément en dialecte qu'on ne se sent pas pertinent à Summerlied, résume Vincent Eckert. Nos racines sont résolument alsaciennes, et en même temps on est très ouvert aux autres cultures. C'est un peu comme un arbre : les branches partent dans toutes les directions, mais elles restent toujours attachées au tronc. »
Florian Haby
(*) « Munster un Emmenthal », création originale du saxophoniste alsacien Philippe Geiss et du guitariste suisse Max Laesser à laquelle participe Virginie Schaeffer, ouvrira le festival ce soir à 20 h 30.
| © Dernières Nouvelles d'Alsace - Ven 11 août 2006 | Fermer la fenêtre |