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La Nef des fous (das Narren shyff) est un ouvrage allemand écrit par le strasbourgeois Sébastien Brant à la fin du XVe siècle.
Publié par Johann Bergmann d'Olpe, pendant le carnaval à Bâle, ce récit versifié recense divers types de folie, brossant le tableau de la condition humaine, sur un ton satirique et moralisateur. Il mélange l'ironie et le sermon, le rigorisme et l'humour et est à la fois inspiré par l'esprit de la Réforme et par la littérature populaire, de colportage, avec ses proverbes dialectaux.
L'esprit de l'œuvre est pessimiste, l'auteur ne croit pas que les hommes peuvent s'amender, mais il ne peut s'empêcher de s'indigner, de protester. Il ne cherche même pas à corriger les travers qu'il dénonce, sans vouloir faire de concession en nuançant entre les péchés véniels et ceux mortels. Tous mènent également à la perte
Il sait que le bateau va, simplement, vers son naufrage. Cette métaphore, thème principal du livre, disparait d'ailleurs bien vite, au profit d'une énumération, d'ailleurs non exempte de redites.
Les quelque 7000 vers sont courts. Les portraits (plus d’une centaine) ne ménagent personne, sans nommer non plus personne de trop puissant et de vivant à l’époque de l’auteur. Les références académiques sont nombreuses dans ce texte de lettré ; Brant était docteur « dans les deux droits » et a des notions poussées de rhétorique
Voici une page :
De ne prêter oreille à tout ce qu'on raconte
Qui veut s'accommoder
de tout ce qui se passe
doit beaucoup encaisser;
il supporte d'entendre
et d'avoir sous les yeux
jusque devant sa porte
des choses déplaisantes
qu'il voudrait ignorer.
Heureux sont les ermites
qui se sont retirés
du monde et des embûches,
parcourant monts et vaux
pour trouver un abri
contre les traquenards
qui auraient pu les perdre.
Mais le monde ne cesse
d'aller les relancer
quoiqu'il ne soit pas digne
de vivre avec des saints.
Qui se fait un devoir
de vivre saintement
ne doit pas écouter les propos de chacun
et doit rester de fer
dans ses résolutions
sans se laisser séduire
par les chansons des fous.
Si prophètes et sages
avaient au temps jadis ânonné des on-dit
sans jamais s'élever
contre les injustices
et autres impostures, ils seraient oubliés.
Il n'existe sur terre
aucun homme qui puisse
ménager tous les fous.
Pour contenter chacun,
il faudrait pouvoir être un
serviteur hors ligne qui se lève avant l'aube
sans guère fermer l'oeil;
il en faudrait des sacs
regorgeant de farine
pour rembourrer les panses
qui toujours crient famine!
Aucun gouvernement
ne peut venir à bout
des appétits gloutons, jappements,
caquetages
et récriminations
car nul ne peut donner
que ce qu'il tient en main;
on fait ce que l'on peut,
et souvent on fait plus.
Mais le fou continue
et reprend sa chanson
comme tous les serins.
Ne pourrait il pas s'appliquer au XXI°siècle ?