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André-Pierre Schmitt a expliqué comment lire une poutre angulaire décorée. (Photo DNA) Lire les poteaux corniers
André-Pierre Schmitt expose, à la Maison rurale de l'Outre-Forêt, à Kutzenhausen, une partie de ses travaux de recherche sur les poutres angulaires des maisons alsaciennes, encore appelées « poteaux corniers ». Dimanche, lors d'une conférence, il a commenté les dessins qui répertorient et classent tous les décors de ces maisons à colombage.
« Mes premiers relevés de poutres angulaires datent d'une trentaine d'années. Entre-temps, nombre de maisons ont disparu et c'est pour cela qu'il est important que nous prenions conscience de la nécessité de préserver notre identité alsacienne, face au rouleau compresseur de la modernisation », a déclaré André-Pierre Schmitt face à un auditoire de passionnés du patrimoine alsacien.
Et d'expliquer : « Les maisons alsaciennes à colombages, en ville comme à la campagne, sont construites à partir d'une ossature, dont les poutres sont savamment et harmonieusement agencées. La poutre angulaire, qui est la pièce maîtresse de l'édifice, était réalisée en général d'une seule pièce, du sol (la sablière) au toit (l'entrait). Elle symbolisait à la fois la propriété, la fierté et le soutien de la maison. Le décor de ces poutres, aujourd'hui souvent caché ou difficile à lire, se trouvait à un emplacement de choix au premier étage, visible de la rue ainsi que de la cour. Il était gravé, sculpté, et rehaussé d'une peinture blanche ou en polychrome, selon la richesse des premiers propriétaires ».
Protéger la maison
La plus ancienne maison répertoriée par André-Pierre Schmitt porte la date de 1514. « Mais mes recherches se poursuivent dans toute l'Alsace ». Outre la date de construction de la maison et le nom (ou les initiales) du propriétaire et de son épouse, ces décors contenaient des signes religieux destinés à protéger la maison contre le feu, la maladie et les intempéries : « Il n'y avait pas d'assurance à cette époque ».
A ces motifs d'ordre religieux, qui étaient parfois un mélange de chrétienté et de paganisme, étaient souvent joints des inscriptions de textes moralisants : « Avec des fautes d'orthographe, car les charpentiers ne savaient pas écrire à cette époque ». A cela s'ajoutaient des motifs à caractère politique (couronne pour les royalistes ou bonnet phrygien pour les révolutionnaires), à thème floral ou architectural, ainsi que des emblèmes de métiers (tailleur, tonnelier, forgeron, charpentier, boucher) ou des dessins d'animaux.
Ce décor était en quelque sorte la carte d'identité de la maison et de ses habitants, l'enseigne de l'artisan ou du commerçant du village : « Il constituait un repère très utile pour trouver la maison, cette dernière n'ayant encore ni numérotation, ni boîte à lettres ».
Jusqu'au dimanche 30 septembre. Exposition «Les sigles des poteaux corniers» par André-Pierre Schmitt à la Maison rurale de l'outre-forêt de Kutzenhausen. Dimanche à 16h30, conférence-causerie avec A.-P. Schmitt.
Édition du Mar 25 sept. 2007