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de l' Harmonie de Bischwiller

le samedi 26 mars 2011 à 20 h

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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 06:11

 

Récemment, suite à l'article "Mourir les yeux ouverts" à propos du livre de Marie de Hennezel, mon amie Marie-Jo m'a parlé d'un livre qui lui a plu " Oscar et la dame rose ".
Je l'ai de suite réservé à la médiathèque.
Il se lit facilement .
Voici le résumé noté au dos de l'ouvrage.

 

Voici les lettres adressées à Dieu par un enfant de dix ans.
Elles ont été retrouvées par Mamie Rose, la "Dame Rose" qui vient lui rendre visite à l'hôpital pour enfants. Elles décrivent douze jours de la vie d'Oscar, douze jours pleins de personnages drôles et émouvants.
Ces douze jours seront peut-être les douze derniers. Mais, grâce à Mamie Rose qui noue avec Oscar un trés fort lien d'amour, ces douze jours deviendront légende.
Cet extrait est issu de la première lettre, Oscar vient d'apprendre qu'il va bientôt mourir de sa leucémie.

On s'est tu un petit moment, histoire de bien remuer toutes ces nouvelles pensées
— Si tu écrivais à Dieu Oscar ?

— Ah non, pas vous, Mamie-Rose!

— Quoi, pas moi?

— Pas vous ! Je croyais que vous n'étiez pas menteuse.

— Mais je ne te mens pas.

— Alors pourquoi vous me parlez de Dieu ? On m'a déjà fait le coup du Père Noël. Une fois suffit !

— Oscar, il n'y a aucun rapport entre Dieu et le Père Noël.

— Si. Pareil. Bourrage de crâne et compagnie !

— Est-ce que tu imagines que moi, une ancienne catcheuse, cent soixante tournois gagnés sur cent soixante-cinq, dont quarante-trois par K.-O., 1'Etrangleuse du Languedoc, je puisse croire une seconde au Père Noël ?

— Non.

— Eh bien je ne crois pas au Père Noël mais je crois en Dieu. Voilà.

Evidemment, dit comme ça, ça changeait tout.

— Et pourquoi est-ce que j'écrirais à Dieu ?
— Tu te sentirais moins seul.

— Moins seul avec quelqu'un qui n'existe pas ?

— Fais-le exister.

Elle s'est penchée vers moi.

— Chaque fois que tu croiras en lui, il existera un peu plus. Si tu persistes, il existera complètement. Alors, il te fera du bien.

— Qu'est-ce que je peux lui écrire ?

— Livre-lui tes pensées. Des pensées que tu ne dis pas, ce sont des pensées qui pèsent, qui s'incrustent, qui t'alourdissent, qui t'immobilisent, qui prennent la place des idées neuves et qui te pourrissent. Tu vas devenir une décharge à vieilles pensées qui puent si tu ne parles pas.

O.K.

— Et puis, à Dieu, tu peux lui demander une chose par jour. Attention! Une seule.

— Il est nul, votre Dieu, Mamie-Rose. Aladin, il avait droit à trois vœux avec le génie de la lampe.

— Un vœu par jour, c'est mieux que trois dans une vie, non ?

— O.K. Alors je peux tout lui commander? Des jouets, des bonbons, une voiture...

— Non, Oscar. Dieu n'est pas le Père Noël. Tu ne peux demander que des choses de l'esprit.

— Exemple ?

Exemple : du courage, de la patience, des éclaircissements.

— O.K. Je vois.

— Et tu peux aussi, Oscar, lui suggérer des faveurs pour les autres.

— Un vœu par jour, Mamie-Rose, faut pas déconner, je vais d'abord le garder pour moi!

On  verra après qu'il fera aussi des voeux pour les autres ...
J'ai beaucoup aimé ce livre. Plein de tendresse, d'humour  et de philosophie sur la vie et la mort

Site de l'auteur : Eric-Emmanuel Schmitt

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22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 14:16

C'est le titre du dernier livre que je viens de lire.
Je l'ai emprunté à la médiathèque de Haguenau.
Comme le titre le fait penser, c'est bien du sujet de la mort qu'il s'agit. Et pourtant ce livre n'est pas morbide, il est même optimiste ...

Marie de Hennezel, à travers la vie et la mort de son ami et philosophe Yvan Amar nous parle de l'accompagnement de la fin de la vie.
Yvan Amar a eu une vie hors de l'ordinaire. Jeune adulte il est parti en Inde suivre un enseignement spirituel auprès de son maitre  Chandra swami. Il pense devenir moine mais à ce moment là il rencontre Nadège dont il tombe amoureux. Tiraillé entre deux voies, son maitre le guide, et il se marie et fonde une famille avec Nadège. Déjà à ce moment-là il se sait gravement malade ( il pense qu'il va mourir à 29 ans), il a une maladie pulmonaire chronique incurable. Sa maitrise du yoga et sa discipline de vie tirée de la culture asiatique lui font prolonger sa vie fragile ( il meurt à 49 ans).
Ses derniers moments ont été sereins accompagnés en toute lucidité et harmonie auprès de sa femme.
Marie de Hennezel nous fait comprendre à travers ce livre facile à lire et plein d'espérances que notre société qui a tendance à cacher la mort ( sauf quand elle est spectaculaire ) doit la réapprivoiser . Cela nous permettra de mieux vivre, plus sereins et moins angoissés.
Dernièrement, une de mes clientes (de ma génération ou presque ) me dit que sa maman est hospitalisée gravement malade. Je la revois une semaine après en faisant les courses et elle m'apprend que celle-ci est décédée  avec un rayonnement malgré l'épreuve, ces derniers jours ont été riches d 'émotions et d'échanges.
Voici deux extraits de ce livre :

 

La mort au coeur de la vie

 

Pourquoi finalement y a-t-il moins d'angoisse à vivre sans évacuer la pensée de la mort qu'à vivre en faisant comme si on n'allait jamais mourir?

Pour une mort familière

La mort aujourd'hui n'est plus familière ni naturelle. On meurt à l'hôpital, seul, au lieu de mourir chez soi, au milieu des siens.

Pourtant, pendant des siècles, la mort a été naturelle et acceptée. Jusqu'à la fin du XIXe siècle, cela se passe ainsi. L'être humain se sait mortel et sent sa mort venir. Il a le temps de s'y préparer. A partir du milieu du xx° siècle, « la mort a quitté le monde des choses familières pour se retirer furtivement. La mort est désormais cachée, taboue, d'autant plus inavouable qu'elle est inacceptable, d'autant plus impensée qu'elle est insensée ». Comme nous le dit Philippe Ariès, la bonne mort, la belle mort, c'est la mort inaperçue. Tous les sondages le confirment, on ne veut pas se voir mourir. On veut mourir brutalement, d'un infarctus du myocarde ou d'une rupture d'anévrisme, ou encore dans son sommeil. Cette mort idéale permet d'éviter la souffrance, la déchéance, l'agonie ou l'angoisse devant l'inconnu de la mort.

On connaît les conséquences de ce déni de la mort. «Le déni de mort se venge en déni de vie*.»

La confrontation avec la mort est alors d'une violence inouïe, comme on le constate, par exemple, chez les jeunes infirmières exposées sans y être culturellement préparées à la mort des patients que les familles leur confient, faute de pouvoir les accompagner. Les sociologues s'inquiètent tous de cette place réduite que notre société accorde à la mort. Lorsqu'une société échoue à trouver un équilibre entre la vie et la mort, elle succombe, disent-ils, plus facilement à la violence ou à l'ennui. «La modernité est un exemple flagrant de civilisations qui, en ayant voulu faire l'économie de la douleur, ont évacué l'ombre, et vu proliférer de ce fait carnages et génocides tandis que dans le même temps elles étaient gagnées par un manque d'intensité existentielle **. »•La mort est donc perçue comme obscène, scandaleuse.  C'est une agression venue du dehors. Il suffit de la nommer pour crée  une tension émotive incompatible avec la vie quotidienne. Les enfants sont écartés des derniers moments, des obsèques, on ne nomme pas la mort devant eux. On préfère parler de « départ », d'« endormissement pour toujours ». On s'étonne alors qu'adultes, ils aient des phobies du voyage ou des difficultés à trouver le sommeil. Ce déni encourage le mensonge. On veut épargner le mourant, mais, en fait, on se protège soi-même de l'émotion trop forte que déclencherait un dialogue autour de la mort.

Le mourant, de son côté, « joue à celui qui ne sait pas qu'il va mourir ». On assiste à une comédie pitoyable. Comment une personne peut-elle faire sienne une mort dont on ne lui dit rien ?

Le déni empêche d'anticiper sa mort. Stéphane Meyer, conseiller de l'ordre du Grand Orient de France, a dit récemment devant la mission parlementaire d'information sur l'accompagnement de la fin de vie : «Je suis frappé par l'immaturité de personnes de soixante ans effondrées devant la perte de leur parent de quatre-vingt-dix ans, comme pourrait l'être un enfant au décès de sa mère. C'est malheureusement la majorité des cas et c'est sans doute pour cela que vous allez être obligé de répondre à la place de nos concitoyens immatures. »

Une enquête de l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé a confirmé la solitude des familles qui regrettent que la mort et la souffrance des proches soient des sujets rejetés du champ social et que rien ne les prépare à affronter ce type de situations. Les personnes interrogées se plaignent du non-dit étouffant, du rejet du deuil.

Enfin, à déposséder la personne de sa mort, on l'empêche de vivre ses derniers moments.

 « En effet, la mort fait encore partie de la vie d'une certaine manière. Elle l'achève et la clôture et lui permet d'arriver à une forme d'unité. L'identité d'une personne n'est en effet jamais définie tant qu'elle n'est pas close; et le pouvoir mystérieux de la mort tient dans le fait que, tout en mettant fin à la vie (en l'anéantissant en dehors de toute perspective de foi), il lui donne pourtant valeur et sens. La scansion et la sanction de la mort forment les conditions du temps humain lui-même ***. »

   

* Damien Le Guay, Qu'avons-nous perdu en perdant la mort?, Le Cerf, 2003.

**. Michel Maffesoli, La part du diable, Flammarion,Champs, 2004, p. 164.

*** Avis n° 63 du 27 janvier 2000 du Comité consultatif national d'éthique, Fin de vie, arrêt de vie, euthanasie.

 

 


 Et un peu plus loin

Les enjeux de l'accompagnement

Accompagner? Etymologiquement, ce mot signifie partager le pain. Etre avec. Vivre les bons et les mauvais moments, comme on partage du pain blanc et du pain noir. S'il y a le pain de l’espoir, il y a aussi le pain du désespoir et du doute. Le partage, c'est aussi cela. Traverser la violence de la vie et l'impuissance face à une telle violence. Ensemble.

L'accompagnement est double : il permet d'aller jusqu'au bout d'une relation. En ce sens il apaise et donne la force de continuer. Il permet, par ailleurs, à celui qui va mourir d'être vivant jusqu'au bout, de vivre ses derniers élans, de déposer dans l'oreille et le cœur de ceux qui l'entourent les mots qui aideront à vivre, les mots qui permettent de partir en paix.

L'accompagnement est un engagement de non-abandon. Face à l'effroi que ne manque pas de susciter l'approche de la mort, un tel engagement a du poids. Quelles que soient les croyances que l'on a, la mort reste une énigme insistante, une inconnue. Yvan, comme tout un chacun, n'est pas épargné par la crainte. Il ressent le vertige que suscite la mort toute proche. Il s'agit là d'une crainte sacrée, d'un tremendum sacrum, face à laquelle il n'est d'autre voie pour l'homme que de s'abandonner avec confiance, sans comprendre. L'amour, l'attention, la présence confiante d'un être cher près de soi aident à lâcher prise. C'est la raison pour laquelle l'accompagnement est fondamental, essentiel.

Il n'y a pas que le vertige devant la mort. Il est fréquent que les mourants soient assaillis de peurs très concrètes : comment vais-je mourir ? Comment mon âme se séparera-t-elle de mon corps ? Ne vais-je pas mourir dans une agonie interminable qui sera insupportable pour mon entourage ? Ces peurs sont naturelles. Presque tous les mourants les connaissent. Il faut en parler.

Yvan veut mourir chez lui, dans l'intimité de sa chambre, dans son cadre familier. Son désir se heurte à des peurs : peur de mourir étouffé, peur d'imposer à autrui une tâche insurmontable. Yvan affronte ces peurs, en interrogeant ses médecins sur la manière dont la mort va venir. Rassuré sur le fait qu'il ne mourra pas d'étouffement, mais d'un arrêt de son cœur épuisé, il s'abandonne avec confiance dans les bras de Nadège, qui s'est engagée à ne pas l'hospitaliser, à le garder à la maison.

« Je t'ai accompagné avec tout mon cœur », dira-t-elle à Yvan, juste à son dernier souffle. Elle  l'accompagne effectivement de tout son cœur. Sans l'aide d'un médecin. Malgré l’insistance d'Yvan afin qu'elle ne soit pas seule. Elle sait qu'elle est forte. Elle le rassure : « J'y arriverai. »

Cette qualité d'accompagnement, faite de disponibilité et de confiance, bouleverse Yvan.

Elle l'aide à surmonter les douleurs intenses qui le traversent les derniers mois de sa vie. Souvent il remercie Nadège d'être si présente, si attentive. Sans doute, parce qu'il sait qu'il s'agit là d'une qualité rare.

Nous savons combien les mourants se sentent seuls et abandonnés. On cherche aujourd'hui à rétablir une culture de l'accompagnement, afin de pallier le sentiment de solitude qui préside aux fins de vie. On sensibilise les médecins et les soignants à l'écoute, à la relation avec celui qui va mourir. C'est là une mesure urgente pour que l'hôpital ne soit pas un mouroir. L'accompagnement est toutefois avant tout l'affaire des proches, des familles, des amis. Aujourd'hui, ils se disent souvent démunis. Ils ont perdu les rites qui permettaient de briser l'isolement des mourants, de donner du sens aux derniers instants.

L'absence de rites explique-t-elle tout ? La pauvreté de l'accompagnement en fin de vie n'est-elle pas aussi le signe d'une pauvreté relationnelle plus générale, d'un manque de conscience dans la relation ? Un accompagnement du mourir ne s'improvise pas dans la dernières semaines d'une vie. Il s'enracine dans un accompagnement du vivre. Il est tout de même paradoxal de surinvestir les derniers moments de certaines vies, alors qu'on les a livrées à la solitude. On sent combien il est vain d'attendre des familles une attitude accompagnante, quand la vie a séparé les êtres, quand les conflits ont rythmé le vivre ensemble, quand on est passé à côté de l'autre. On incite les familles à être proches, à se réconcilier. Et l'on échoue souvent à le faire. La solitude, le fossé entre les êtres sont parfois impossibles à franchir. Et pourtant, il arrive que des êtres se rapprochent, que l'amour triomphe de la négligence et de l'indifférence. Tout est possible quand il y a de la vie. Nous en avons été témoins.

 

Un livre à conseiller .

Pour en savoir plus :
http://www.mariedehennezel.com/
http://www.pujo-j-jacques.net/article-1926434.html
http://www.editions-du-relie.com/Yvan-Amar
http://bien.vieillir.club.fr/mourir-yeux-ouverts.htm

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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 19:55
Voici une de mes dernières lectures. Ce livre je l'ai acheté il n'y a pas longtemps, d'occasion.

J'avais entendu parlé de Marthe Robin sans en connaitre le détail de sa vie.
Sa vie a été extraordinaire. Mais pas dans le sens que l'on entend souvent, une vie mouvementée, des voyages ...
Non , elle n'a pratiquement pas quitté son village et même sa maison.
Enfant elle a été gravement malade et n'a pas été scolarisée normalement, elle habitait dans un hameau éloigné du centre d'un petit village car il lui fallait faire le chemin à pied ( elle est née en 1902 ).
Puis elle est devenue infirme et n'a plus quitté son lit.
Extraordinaire est dans le sens le plus simple : hors de l'ordinaire .
Alors que dans son environnement les personnes étaient plutôt éloignées de la foi elle a , à travers son handicap, été une grande mystique.
Elle ne mangeait plus dès les années 30 ( sauf la communion), ne supportait plus la lumière ... et a vécu jusqu'en 1981 !!
Chaque vendredi elle revivait la Passion du Christ ( stigmates qui saignaient  et souffrances), elle avait des visions de Jésus, de Marie...
Le plus surprenant c'est qu'elle a déplacé des foules qui venaient à son chevet pour les aider à voir clair dans leurs vies. Et pas que des personnes simples ou crédules.
Jean Guitton qui a préfacé le livre était un grand philosophe  et a été très proche de Marthe .
Il ne peut y avoir de tromperies , comme ce livre l'explique, car tellement de personnes l'ont vue et pendant plus de 50 ans. Même des médecins qui l'ont examinée.
Et du fond de son lit elle a créé un mouvement religieux important grâce à l'aide d'un prêtre l' abbé Finet qui au départ était voué à un chemin sacerdotal bien tracé et qui a été subjugué par Marthe et est resté à son service
.
Voici un extrait , le moment où elle rencontre l' abbé Finet :

UN JEUNE PRÊTRE LYONNAIS TRÈS OCCUPÉ

En décembre 1935, une demoiselle Blanck, de Lyon, qui militait pour les missions, rendit visite à Marthe. Très impressionnée par la stigmatisée, elle lui demanda si elle pouvait lui offrir quelque chose. Marthe répondit:

- Je voudrais bien un tableau de la Sainte Vierge pour notre école de Châteauneuf. Mais pas comme on en voit partout. Je voudrais un tableau de « Marie médiatrice de toutes grâces ».

- J'ai ce qu'il vous faut. Une belle lithographie venue de Collevalenza. Je la ferai « aquareller », et dès qu'elle sera encadrée, je vous la ferai porter'.

En quittant les Moules, Mlle Blanck rendit visite à l'abbé Faure. On parla de Marthe. Les réserves du curé à son égard, sa gêne évidente, ne lui échappèrent pas. Elle essaya de le faire parler. La gêne du prêtre tourna au désarroi.

- Je me sens dépassé par son cas. Ses projets sont au-dessus de mes moyens. Il faudrait trouver un prêtre capable de prendre ma place auprès de Marthe.

De retour à Lyon, tandis qu'un peintre reproduisait la gravure, Mlle Blanck s'ouvrit du problème de Marthe dans les milieux religieux où elle évoluait, mais sans pouvoir trouver la solution que souhaitait l'abbé Faure. De toute évidence, un prêtre du diocèse de Lyon ne pouvait pas être détaché dans celui de Valence.

Le problème du transport du tableau était plus simple à résoudre. Mlle Blanck en parla à une religieuse du Cénacle, proche de Fourvière, mère Scatt, qui suggéra:

- Je connais M. le chanoine Finet, qui nous donne des conférences sur la Vierge. C'est un prêtre très dynamique qui se déplace beaucoup en auto, comme sous-directeur de l'Enseignement libre des diocèses Rhône et Loire. Il a quelque huit cent cinquante écoles à inspecter! Organisé comme il est, il trouvera bien le moyen de faire un détour jusqu'à Châteauneuf-de-Galaure. Je lui en parlerai à sa prochaine conférence au Cénacle.

Le jour venu, mère Scatt lui dit:

— Nous connaissons près de Châteauneuf-de-Galaure, dans la Drôme, une pauvre fille paralysée, complètement isolée dans une ferme, qui manifeste une étonnante dévotion à Marie médiatrice, dont vous nous parlez si bien, monsieur le chanoine!

— Marie médiatrice, dites-vous?

— Oui. Une de mes amies lui a promis un tableau de la Vierge, assez encombrant et fragile. Si un jour vos déplacements vous amènent dans la Drôme...

L'abbé Finet sourit.

— Vous me prenez par mon point faible, ma mère! Vous ai-je dit que j'avais ajouté à mes vœux canoniques un vœu supplémentaire? Ne jamais refuser ce qui me serait demandé au nom de Marie. C'est donc promis. Je lui porterai ce tableau.

Et le 10 février 1936, l'abbé Finet prit la route, le tableau soigneusement emballé dans sa malle.

Issu d'une bonne famille bourgeoise de Lyon où son père était orfèvre, ce prêtre était âgé de trente-huit ans, quatre ans seulement de plus que Marthe. Jean Guitton, qui le rencontrera plus tard, le présentera comme « un personnage balzacien, avide de responsabilité et de sacrifice, né pour l'action autant que pour la contemplation, trouvant son équilibre, sa joie et son hygiène dans le surmenage ». Et d'ajouter: « Insatiable, il garde une place vacante pour une corvée imprévue, un nouveau service à rendre, d'autant plus libre qu'il se surcharge davantage. »

Mais l'abbé Finet était aussi beaucoup plus: un homme de foi, surtout; totalement donné à sa vocation, capable pour son Dieu de renoncer à toutes les petites ou grandes ambitions personnelles et aux plans de carrière qui marquent la vie des hommes trop organisés, y compris des ecclésiastiques.

Sa voiture filait à toute allure sur la nationale 7. L'homme était pressé, ayant une série de visites à faire au retour pour l'enseignement libre. Aussi comptait-il seulement déposer le tableau à la cure de Châteauneuf, devant laquelle il stoppa à onze heures.

 

L'abbé Faure l'accueillit avec reconnaissance et lui proposa aussitôt:

- Voulez-vous voir ma paroissienne?

- Je n'ai pas beaucoup de temps... Qui est-ce?

- Elle s'appelle Marthe Robin. Une âme d'élite! L'abbé regarda sa montre.

- Vous savez, des âmes d'élite, j'en connais beaucoup; parce que je confesse des femmes!

Sans trop savoir pourquoi, le curé insista:

- Vous auriez intérêt à la visiter. Celle-là est d'une qualité supérieure.

L'abbé Finet éclata de rire.

- Entendu pour la qualité supérieure, monsieur le curé!

A onze heures trente, l'auto s'immobilise devant la ferme des Robin. Personne n'est prévenu, le hameau ne possède pas de téléphone. Après avoir frappé, le curé pousse la porte de la cuisine. Mme Robin est là, occupée à préparer le repas. Robin est assis sur une chaise. Il a mauvaise mine, s'étant blessé à un orteil en travaillant aux champs.

Les présentations faites, on fait asseoir l'abbé Finet, tandis que l'abbé Faure entre seul dans la chambre de Marthe, pour la prévenir.

Il y demeure longtemps. Entre l'abbé Finet et les Robin, la conversation se fait rare. L'abbé déballe alors le tableau, ficelé dans un grand papier. Et là, un choc.

A considérer l'œuvre au strict plan de l'art, on pourrait aujourd'hui la trouver mièvre et sans valeur, pur produit de l'iconographie italienne du XIX° siècle. Il nous faut donc aller au-delà.

C'est un mandala, un graphisme à symbole. Marie est représentée debout sur le globe. La couronne marque la prééminence. La Vierge est illuminée par la colombe, l'Esprit-Saint, de qui elle détient sa force. Très peu féminine (pas de hanches ni de poitrine, une taille à peine soulignée) pour marquer qu'elle n'a pas été mère en passant par le désir charnel, mais par l' « opération de l'Esprit », signifiant ainsi la filiation divine de l'enfant.

Le ciel est lumineux. C'est la grâce, l'incréé. Le bas du tableau, où le monde est plongé, est sombre, nuageux, monde obscur du créé, de la pesanteur, de l'évolution laborieuse. Sous ses pieds, la Vierge écrase le serpent, symbole du mal.

Unissant les deux mondes, un arc-en-ciel déploie ses couleurs, alliance entre Dieu et l'homme, par Marie médiatrice. Entre ses pieds jaillit un lys, symbole de pureté, qui monte jusqu'à son cœur, où s'épanouit la fleur, d'où naît l'hostie marquée du signe christique JHS.

La Vierge a les mains ouvertes, bras étendus, en signe d’accuei1 Mais elle ne sourit pas, comme écrasée par sa tâche Immense presque Impossible : médiatrice entre l'homme et Dieu.

C’est vrai, l'abbé Finet, qui a complètement oublié la présence muette du couple Robin, est ému. Toute sa vie a été placée sous la protection de Marie, qui ne lui a jamais manqué. Il n'a pas le temps de réfléchir plus avant. L'abbé Faure sort de la chambre et annonce d'une voix mal assurée

- Marthe demande que vous lui apportiez vous-même le tableau.

A partir du moment où l'abbé Finet est entré dans la ferme, une étrange impression l'a saisi. Il ne connaît pas grand-chose de Marthe Robin. Il a vaguement entendu parler de ses stig- mates, mais rien de précis, car la hiérarchie de son église lyonnaise est restée en dehors de cette affaire relevant de l'évêché de Valence. Et le voilà aujourd'hui, lui, prêtre lyonnais en vue, chanoine de la cathédrale primatiale, mêlé à cette histoire!

Il se lève et, tenant à deux mains le tableau de Marie médiatrice qu'il a hâtivement remballé, il s'avance vers la chambre de Marthe. Et alors...

« Je croyais amener un tableau de la Sainte Vierge, racontera-t-il plus tard, mais c'est plutôt elle qui m'amenait!

Dès qu'il entre, Marthe a un choc. Dans la demi-obscurité de la pièce elle a reconnu ce prêtre! Mais lui ne la connaît pas du tout. Quel est ce mystère? Elle l'a vu dans une vision! C'était... oui, il y a six ans!

Marthe sera toujours très discrète sur cet événement étrange qui révèle ses dons de seconde vue. Elle en témoignera plus tard devant Jean Guitton, au cours d'une de ses visites à la Plaine, en présence du père Finet, qui assistait à l'entretien :

- Vous vous rappelez, mon père, comment je vous ai connu? Vous étiez venu m'apporter un tableau de la Vierge, enveloppé de tas de ficelles. Vous êtes entré dans ma chambre. Je vous avais vu six ans avant votre arrivée ici, pendant la catastrophe de Fourvière. Je vous ai revu avec les pompiers et les terrassiers, quand vous avez secouru les pauvres gens qui étaient pris sous les pierres. Je vous avais vu avant de vous voir. Et c'est pourquoi je vous ai reconnu .

Mais écoutons l'abbé Finet lui-même raconter le drame de Fourvière:

« Le 13 novembre 1930, à une heure du matin, la colline de Fourvière s'est éboulée; un éboulement terrible. La colline domine la cathédrale Saint-Jean où j'étais vicaire. Immédiatement, on est venu me prévenir: "Venez vite, la colline s'éboule! Il y a des morts et des blessés ! "

« J'ai bondi, je suis arrivé rue de Tramassac, derrière la place Saint-Jean. Là, dix-neuf pompiers avaient placé leurs échelles contre les murs des façades qui n'étaient pas tombées; l'intérieur de ces maisons était rempli de matériaux. On entendait encore quelques cris de personnes à moitié ensevelies, pendant que d'autres ne criaient plus: elles étaient mortes. Je suis allé vers le Chemin Neuf, coupé par l'éboulement, et je suis revenu auprès des pompiers. Et tout à coup, j'ai pensé que dans une maison, dont tout l'arrière donnant sur le Chemin Neuf était déjà éboulé, au cinquième étage, clans la partie encore non éboulée, il y avait le directeur de notre école libre de la paroisse. Oh, me suis-je dit, je vais aller le prévenir pour qu'il sorte vite et qu'il ne soit pas enseveli s'il y a un deuxième éboulement.

« Je suis entré dans l'allée voûtée et, à ce moment précis, un second tremblement, terrible! J'ai voulu sortir; on ne pouvait plus, l'allée était bouchée. J'ai cherché la montée d'escalier; impossible de monter, les marches bougeaient sous mes pieds. Je me suis donc abrité sous l'allée. J'avais mon mouchoir devant le nez, à cause des poussières. On était dans I ‘obscurité totale. Une femme m'est tombée dans les bras. Je luii ai dit : " Ne vous tourmentez pas, madame, vous allez avoir une grande grâce, celle de mourir avec votre vicaire! " Vous voyez, je l'ai tout à fait tranquillisée...

Au bout d'un moment, les poussières s'étant dissipées, je suis sorti et je suis revenu sur la place Saint-Jean. Là, autour du matériel à incendie, se tenaient quelques pompiers, torches en main; ils faisaient l'appel. Les dix-neuf pompiers qui étaient avec moi quelques minutes avant étaient tous morts ensevelis, ainsi que quatre agents cyclistes. Il y avait hélas beaucoup d'autres victimes parmi les civils. C'était absolument dramatique, les gens fuyaient de tous les côtés. »

Le père Finet marque une pose, puis reprend:

« A l'heure où cette catastrophe se préparait, il y avait ici Marthe, que je ne connaissais pas. La Sainte Vierge était venue lui demander de prier beaucoup, dans cette nuit du 13 novembre, pour sauver la vie de son futur père spirituel. Durant cette nuit, Marthe a tellement souffert qu'il a fallu appeler le curé de Châteauneuf, l'abbé Faure, pour la soutenir. Six ans avant de me connaître, Marthe, par sa souffrance, a obtenu que je ne périsse pas avec les dix-neuf pompiers, mais que j'aie la vie sauve. Je vous dis cela pour vous montrer ce qu'est la communion des saints.

Ainsi donc, en cette nuit tragique, quelqu'un, à quatre-vingts kilomètres de là, le protégeait. Dans l'obscurité de sa chambre, Marthe avait eu la vision de la catastrophe. Sans le connaître, elle avait prié intensément pour le prêtre que Dieu lui destinait.

Plus tard, elle l'avait même revu en vision. Il s'approchait d'un jeune garçon. Le père Finet l'a dit à Jean Guitton:

« Quelques jours après l'éboulement, j'ai été appelé auprès d'un petit garçon de quatre ans nommé Lapicorey qui allait mourir. Que pouvais-je faire pour ce petit? Après des hésitations, étant donné son âge, je lui fis faire sa première communion. Marthe m'a dit, six ans après : " J'étais près de vous pour que vous ayez l'idée de le faire communier . "»

Mais revenons à la rencontre décisive du 10 février 1936. A la vue de l'abbé Finet, Marthe est tellement émue qu'elle ne dit rien. Elle admire le tableau. Très peu de paroles sont échangées. Pour rompre le silence angoissant qui s'étend, ils prient ensemble.

C'est fini. Le prêtre se lève, il va repartir. Alors, Marthe :' — Voulez-vous revenir cet après-midi?

L'un et l'autre se sentent conduits, ils ne résistent pas vraiment, mais ils ont besoin de recul pour y voir clair.

Voici l'abbé dans la cuisine. Il est midi. Le repas est prêt et la bonne odeur du pot-au-feu envahit la pièce. Maman Robin propose spontanément:

- Vous mangerez bien un morceau avec nous, monsieur l'abbé!

Le prêtre se tourne vers le curé et l'interroge du regard.

- On ne va pas vous déranger, madame Robin, répond l'abbé Faure. M. Finet déjeunera à la cure. Nous avons à parler.

A cet instant, l'abbé Faure a-t-il compris qu'il tenait enfin l'homme qui prendrait spirituellement Marthe en charge, qui le déchargerait de ce fardeau trop lourd pour lui et conduirait la stigmatisée vers sa mystérieuse vocation? Mais qui conduit qui?

Au même moment, dans la petite chambre voisine, à l'abri des volets à demi clos, Marthe ne peut quitter du regard le visage énigmatique de cette Vierge médiatrice qu'elle a appelée de ses vœux, et toute la puissance spirituelle qui émane du regard bleu se concentre sur elle. Les deux prêtres quittent la ferme, elle entend le moteur de l'auto. Derrière la porte montent les bruits du repas, coupés des commentaires des Robin sur la visite de cet élégant abbé lyonnais. Mais Marthe n'entend que les battements profonds de son cœur et la voix intérieure qui lui dit: « C'est bien celui que tu attendais, celui que je t'ai promis. Tout va se jouer cet après-midi. Laisse-toi guider par moi ».

 
Dans  notre monde cartésien il est souvent difficile de comprendre ce genre de phénomène et pourtant cela se passe.
Croire en Dieu ou non , cela est du domaine de la foi et reste très personnel. Mais de par le monde existent des témoins d'une autre dimension dont Marthe Robin a fait partie.
Pour en savoir plus :
http://www.foyer-de-charite.com/fr/marthe-robin/vie-de-marthe-robin.html



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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 08:34
Une nouvelle catégorie : "Les livres que j'ai aimés".

En fait la lecture est ma première passion. Avant de savoir lire ( et j'ai sû avant d'aller à l'école avec un papa instit !) je dévorais déjà les livres et revues.
Voici , je pense, le livre le plus ancien de mes souvenirs. Il a été imprimé en 1963.


"Petit Gilbert " est un livre qui était chez ma grand-mère maternelle et que je lisais sans fin ( elle n'avait pas beaucoup d'autres ...). Il a dû brûler lors de l'incendie de son chalet après son décès quand celui-ci était désaffecté. Mais j'en ai trouvé un ( Emmaüs ? cela fait un moment que je l'ai acheté ) et je n'ai pas pû m'empêcher de l'acquérir...
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